Ma part de Gaulois

DSC00925.JPGRoman autobiographique, Ma part de gaulois raconte l’adolescence de Magyd dans sa cité toulousaine. Magyd est un ado poète et quelque peu solitaire. Ma part de gaulois c’est l’histoire de l’amour de Magyd pour les mots, la littérature, le théâtre ; un amour incompris par la Cité, qui lui ouvrira quelques portes, mais lui causera surtout des troubles. Un amour sur lequel reposeront pourtant toujours ses espoirs, que le lecteur est invité à suivre jusqu’à l’épreuve du baccalauréat. L’espoir de changer, un jour, de quotidien, l’espoir de devenir plus libre et d’entraîner sa bande de potes avec lui. Magyd aime les mots, Magyd aime la France, Magyd aime les autres. Cela est-il conciliable dans et avec la Cité ? Là où lire un livre au grand jour est une véritable prise de risque, là où réussir son bac est synonyme de pacte avec l’ennemi, « le français », là où, comme le raconte Magyd, la violence physique et verbale est quotidienne et ordinaire.

Ma part de gaulois, comme le suggère le titre, c’est l’histoire des questionnements identitaires de Magyd : suis-je vraiment français, français comme les autres ? Est-on ou devient-on un jour réellement français si l’on est « arabe »? Comment concilier les deux cultures ? L’école française le permet-elle ? Où place-t-on « les arabes » dans l’histoire de France ? Quand et comment aborde-t-on l’Algérie ? Est-ce qu’il faut avoir le bac pour devenir français ? Est-ce qu’il faudra toujours que je prouve mon identité ?

Magyd Cherfi aborde dans ce livre les questions qu’il se pose sur le passé algérien de la France, sur les raisons de la venue de ses parents dans l’Hexagone, revient sur leurs difficultés d’intégration et son sentiment à lui, de ne pas être vraiment français. Ce sentiment de devoir continuellement prouver son identité car il ne coche pas les bonnes cases : il vit dans une cité, il n’est pas blanc, il n’est pas blond, mais pourtant il est français, il chérit la langue française, il aime l’école, et il va passer son bac.

Nul besoin de le préciser, mais ce livre nous plonge aussi au coeur de la Cité, cet endroit qui suscite des émotions contraires chez Magyd, qu’il veut quitter car elle l’empêche d’avancer mais qu’il chérit aussi tendrement car c’est là qu’il a grandi, qu’il s’est construit. C’est le terrain de son enfance et de son adolescence.

 

« Dans la cité, encore vert, je tenais à la gorge des familles entières qui dépendaient de ma prose pour des lettres à écrire au bled, d’autres à lire, pour des formulaires à remplir, de soins ou d’inscriptions de rejetons en perdition dans le circuit scolaire »

MAGYD CHERFI, Ma part de Gaulois – EXTRAIT

POUR ALLER PLUS LOIN

Que signifie être français ?

Je ne saurais me prononcer correctement sur les programmes scolaires actuels (d’ailleurs ça vaudrait le coup de s’y pencher) mais dans mes souvenirs, on apprend l’Algérie et l’Afrique trop tard quand on sait l’importance des liens qui nous unissent. J’ai le sentiment qu’à mon époque (1990-2000) on étudiait trop tard, ou trop peu, les flux migratoires passés, le rôle et l’engagement des populations migrantes et étrangères auprès de la France ou d’autres pays tels que les Etats-Unis ou l’Amérique du Sud par exemple. La crise identitaire de Magyd, bien que située dans les années 80, fait un écho à « l’échec » du vivre ensemble en France aujourd’hui : est-on seulement français, ensemble, lors d’une finale de foot, quand les Bleus enregistrent une victoire, le soir du 14 juillet ou lors d’une commémoration post-attentat ? Savons-nous encore communier en tant que français en dehors des ces événements-là ? Les valeurs de la République ne sont-elles rien de plus qu’une coquille vide ?

Magyd Cherfi s’est beaucoup exprimé depuis les attentats de novembre 2015, contre le racisme. Son livre nous rappelle ces événements, et nous permet, partiellement, d’expliquer pourquoi tant de jeunes se réfugient dans des discours extrémistes aujourd’hui. Nous créons de l’exclusion. On a exclu de larges franges de la population pendant des années, exclues géographiquement, socialement, culturellement ; notre système éducatif ne fonctionne plus, du moins pour les populations les moins favorisées ; le monde professionnel leur est difficile d’accès. Que fait-on dans ce cas ? Quand toutes les portes vous sont fermées et que la France ne raconte plus de belles histoires, les jeunes préfèrent en écouter d’autres. D’autres histoires dans lesquelles ils ont un rôle à jouer, dans lesquelles ils se sentent considérés, dans lesquelles ils appartiennent à une communauté qui les reconnaît.

 

3 BONNES RAISONS DE LE LIRE

  1. Magyd Cherfi est un poète – Je suis sous le charme dès les premières pages. Le style est surprenant, surprenant de justesse et de génie. Magyd Cherfi manie les mots et les figures littéraires avec brillo et un sens du rythme – on se croirait dans du slam, ou du rap – le tout pour aborder une réalité que l’on ne connaît toujours pas, ou au contraire que l’on a mal appris à connaître, sous un prisme politique empreint de clichés jamais étayés : la réalité d’une cité française, dans les années 80, et d’un groupe d’ados qui voudrait s’en sortir, en entraînant un max de monde avec eux. Je ne veux pas vous en dire trop, juste assez pour que comme moi, vous vous jetiez sur le livre. Car il est tout simplement extrêmement bien écrit – c’est un exercice de style en soi – avec un franc parler qui fait chaud au coeur. A la fois drôle, subtil, grave, réaliste et tellement contemporain. Je vous recommanderais ce livre même si l’on faisait abstraction du sujet. Pour son style, ses références littéraires, ses tournures de phrases, son rythme, son humour… Il y a tant à dire uniquement sur ce volet – je ne sais combien de passages j’ai surlignés, combien de pages cornées pour garder les citations en tête.

  2. Le sujet ne pourrait être plus actuel – Dans le contexte actuel, quand on est un minimum attentif à ce qu’il se passe autour de nous, qu’on est altruiste, bienveillant et concerné par la « chose publique », le sujet résonne obligatoirement.

  3. Pour tomber la chemise – Un argument a fini de me convaincre, la cerise sur le gâteau : Magyd Cherfi, qui a déjà écrit deux bouquins chez Actes Sud (Livret de Famille et La Trempe), est aussi chanteur et parolier du groupe Zebda !

LA QUATRIEME DE COUV’

« Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boîte, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : notre quatre vérités à lui tout seul !  » 

 

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