The Underground railroad, Colson Whitehead

« Le chemin de fer clandestin » – c’est ainsi que l’on appelle en français toute l’organisation (les routes, mais aussi les hommes et femmes) qui ont permis à certains esclaves noirs de tenter de s’échapper de leurs plantations du Sud des Etats-Unis, vers les Etats Nords au début du 19ème siècle.

Comme peut-être certains d’entre vous, j’ai beaucoup entendu parler de ce livre lors de la dernière rentrée littéraire (comme Bakhita d’ailleurs, dont je reparlerai certainement, si j’ai le courage de reprendre la lecture) ; j’avais absolument envie de lire, j’ai opté pour la version originale en anglais, qui a connu le succès aux Etats-Unis en 2016.

DE QUOI ÇA PARLE ?

De la fuite de Cora, de la plantation au sein de laquelle elle est esclave dans un Etat du Sud des Etats-Unis, vers le Nord. De sa fuite vers la liberté. L’auteur dresse le portrait d’une femme forte, courageuse, altruiste, sensible et extrêmement touchante. En tant que lecteur, on s’attache très vite à elle, on est happé par son périple. Nous suivons Cora à toutes les étapes de son évasion et partageons ses pensées, ses doutes mais aussi les personnes qu’elle rencontre dans chaque Etats, avec plus ou moins de chance.

Au-delà de la fuite à proprement parler, on découvre au fil de l’eau l’histoire de Cora : sa mère, un souvenir qui tout à la fois la hante et la pousse à s’enfuir, elle qui a aussi osé fuir la plantation, abandonnant Cora qui n’était encore qu’une enfant ; le quotidien de la plantation, de la violence (physique, sexuelle, morale) et l’abus de pouvoir des maîtres blancs, aux rivalités entre esclaves, pour se faire bien voir des propriétaires ou essayer de gagner une parcelle de terrain un chouia plus grande.

POURQUOI IL VAUT LE COUP ?

Tout d’abord parce-qu’il s’agit de l’histoire des Etats-Unis, et que le récit de Colson Whitehead nous pousse inévitablement à faire le lien avec notre époque ; avec la question de la place des Noirs Américains dans la société et les épisodes tragiques dont nous avons été témoins ces dernières années. Le pays est encore profondément divisé sur ce sujet, dont les racines remontent à sa naissance même, au 18ème. Pour ma part j’ai le plus souvent appréhendé cette période de l’esclavage sous le prisme historique, lorsque j’étais étudiante. Je ne me souviens pas avoir lu de livres ou vu de films de fiction traitant directement de cette période ET de ce sujet – il était temps. Je pense à The Help (plutôt les 60s), The Bluest Eye de Toni Morrison ou encore La Mélodie du Sud mais, sur ce dernier, l’esclavage n’était que la toile de fond.

Puis parce-que le récit vous transporte. Vous transporte dans l’esprit de Cora, dans l’époque, ses problématiques et rend le tout très accessible. L’attention portée aux détails et aux scènes décrites déclenche véritablement l’imagination : j’imaginais chacun des personnages, chacune des scènes, notamment celles pour lesquelles la description est minutieuse, plus lente, plus longue – celles, plus tragiques, pour lesquelles le narrateur vous propose un arrêt-sur-image, et vous invite à respirer un bon coup avant de poursuivre la lecture. Les descriptions sont précises, franches, mais pas emphatiques comme le ton : réaliste, cynique mais jamais larmoyant.

Pour terminer, son héroïne, Cora. C’est aussi l’histoire d’une femme forte, courageuse, déterminée et extrêmement sensible à laquelle on s’attache dès les premières pages.

POUR ALLER PLUS LOIN

Bon, il y a énormément d’articles sur le bouquin car il a fait les Unes de la dernière rentrée littéraire. Je vous propose donc une interview in English, du New York Times sur l’auteur, Colson Whitehead, et la genèse de The Underground Railroad :

Plus une petite liste de classiques dans la même veine, que j’ajoute aussi à ma PAL: les récits d’esclaves :

  • Narrative of the Life of Frederick Douglass, an American Slave, par Frederick Douglass (1845)
  • Twelve Years a Slave, Solomon Northup (1853)
  • Incidents in the Life of a Slave Girl, par Harriet Jacobs (1861)

La fiction

  • La case de l’oncle Tom, Harriett Beecher-Stowe
  • Les aventures d’Huckleberry Finn, Mark Twain
  • Beloved, Toni Morrison
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