Total Khéops, Jean-Claude Izzo

Le come back du roman policier

Une amie m’a offert Total Khéops pour mon anniversaire, en fin d’année dernière. J’étais intriguée car je ne connaissais pas l’auteur, mais surtout car je réalisai sur l’instant que je n’avais plus lu de policier depuis…certainement le collège, Agatha Christie et ses Dix petits Nègres. Pourquoi ? Je ne sais pas à vrai dire. Je pense que j’ai tendance à faire une fixette sur un genre littéraire en particulier ou un sujet et que les romans policiers n’ont jamais fait partie de cette liste.

Et quel dommage ! J’avais oublié à quel point les policiers sont prenants. J’ai été littéralement absorbée par le style, pas nécessairement par l’intrigue. On a tendance à l’oublier mais le motif principal d’un policier n’est pas toujours de trouver le meurtrier ou de se mettre dans la peau du détective ; l’ouvrage peut aussi se focaliser sur le détective lui-même, son ressenti, son histoire, ses angoisses, ses peines ; le détective en tant qu’être humain, et ses failles. L’intrigue reste le fil rouge bien sûr, mais en second plan. C’est le cas avec Total Khéops, dont les deux personnages principaux sont Fabio Montale, le fameux flic, et Marseille ! Autre raison pour laquelle j’ai adoré ce livre : c’est une ode à la cité phocéenne, au sud, à sa cuisine, au rosé, aux cigales. Même si chez moi c’est plutôt le Sud Est Est Est, Marseille c’est tout de même la région PACA, c’est tout de même le soleil et la Méditerranée – c’est donc un peu de chez moi aussi.

De quoi ça parle ?

Au risque de me répéter : de Fabio Montale et de Marseille !

Fabio Montale, c’est le bon flic. Le flic qui essaie de comprendre, ne passe pas immédiatement par la violence (Manu, si tu m’entends) et qui, de fait, est déclassé car il ne rentre pas dans les statistiques. Mais cette fois-ci l’enquête lui tombe dessus ; il ne peut pas y échapper car elle le concerne, elle concerne ses amis les plus proches et son plus grand amour. Car oui, il y a une histoire d’amour (et même un quatuor amoureux) mêlée à tout ça, mais une fois de plus, cela reste en arrière-plan. La focale est sur Fabio : son histoire, les raisons qui l’ont poussé à devenir flic, ses réflexions sur sa vie, son métier, sa ville et ce qu’elle devient, ce qu’on dit d’elle. Tout y passe : les immigrés, les prostitués, les dealers, les braqueurs, la mafia… Bref, un portrait orienté (plutôt sur la gauche) mais un portrait qui se veut humaniste et sans concession de Marseille dans le début des années 90.

Autre bon point de cet ouvrage pour ma génération 88 (wouhou 30 ans dans 6 mois !) : l’intrigue se déroule au tout début des années 1990 et de nombreuses références font chaud au coeur. Comme par exemple le début de carrière de IAM :

« Le rap ce n’était pas ma musique. Mais IAM je devais le reconnaître, leurs textes cartonnaient juste. Beau et bien. En plus, ils avaient le groove comme on dit. Il suffisait de regarder les deux jeunes qui dansaient avec moi ». 

Cela me donne une transition parfaite pour souligner que la musique est omniprésente dans Total Khéops : l’intrigue progresse sur une bande-son choisie par Fabio Montale, qui va du rap, au jazz, en passant par le reggae, ou encore les chants corses, et qu’il enclenche dès qu’il a l’occasion, en voiture, en bateau ou en sirotant tranquillement son rosé à la maison.

Marseille, deuxième protagoniste de Total Khéops. Je ne connais pas bien la ville mais j’ai toujours adoré chacune des virées que j’ai pu y faire depuis toute petite. Plus je vieillis/grandis (???) et plus j’apprécie la ville. Je pense qu’il y fait bon vivre et d’ailleurs j’aime me dire que j’y vivrai peut-être un de ces jours. Comme dans Les Mauvestis de Frédéric Valabrègue dont je vous avais parlé il y a peu, l’action de Total Khéops se déroule à Marseille. La ville y est beaucoup plus accessible que dans Les Mauvestis, certainement car une majeure partie de l’intrigue se passe dans le centre de Marseille, ou du moins dans des lieux plus connus de tous : le Panier, le cours Belsunce, la Gare Saint-Charles, le vieux Port… Comme je vous le disais plus haut, la description faite par Jean-Claude Izzo est sans concession, Marseille est disséquée, passée au peigne fin, chacun de ses travers est pointé du doigt. Mais ce qui est étrange, en tout cas c’est ce que j’ai ressenti, c’est qu’elle en ressort tout de même sublimée. J’ai eu l’impression que l’ardeur de la critique de l’auteur envers Marseille était proportionnel à l’amour qu’il portait à sa ville. Marseille semble faire partie de la famille : on l’aime, on la déteste, peu importe pour Jean-Claude Izzo ; elle est là et ne bougera pas. Pour les amoureux et nostalgiques du Sud, ça vaut le coup !

Bon, il y a certes quelques clichés ou généralisations qui m’ont quelque peu titillée à la lecture, notamment sur les femmes, les femmes du Sud, l’attirance sexuelle du flic pour le sexe opposé (elle aussi exposée très franchement tout au long du récit), quelques remarques un peu attendues sur la politique et les rapports police/banlieues… Je pense tout compte fait que cela fait partie du genre et permet de poser clairement le contexte dans lequel évolue Fabio Montale. En bref : un super moment de lecture plaisir, de détente et d’évasion – tant dans la redécouverte du style policier que j’avais totalement négligé, et de Marseille ! Hâte de lire les deux prochains volets.

Pour en savoir plus

  • Sur l’auteur par exemple, Jean-Claude Izzo, voici sa bio telle que décrite sur la 4ème de couv de l’ouvrage édité en Folio Policier : « Né en 1945 à Marseille et mort dans cette même ville en 2000, Jean-Claude Izzo a notamment été libraire, bibliothécaire, journaliste. La trilogie Fabio Montale a marqué d’une pierre blanche l’histoire du roman policier français. 
  • Une mini mini chronique sur la trilogie sur Nouvel Obs.com : « Jean-Claude Izzo : l’homme qui avait tout compris » 
  • Et sinon, pourquoi Total Khéops ?……. « Le roman Total Khéops tire son nom d’une expression forgée par Akhenaton au début de l’histoire du groupe IAM. En effet, sur IAM concept, sorti en 1989, un mix de DJ Kheops porte ce titre. L’expression signifie « gigantesque désordre » ou plus vulgairement « grand bordel » » (source : page Wikipédia officielle de l’ouvrage qui s’inspire elle-même du Dico Marseillais, attention !).
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